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Les Chroniques de Mame Fatou

Les Chroniques de Mame Fatou

Dans ce blog, je partage mes réflexions. Entre délire, sensibilité et humour, j'aborde différents thèmes - Santé, Littérature, Civisme, Faits de société, - à travers ma passion qu'est l'écriture...

Excellence, cette ville qui vous accueillera n’est pas la vraie Rufisque...

Excellence, cette ville qui vous accueillera n’est pas la vraie Rufisque...

Monsieur le Président,

C’est avec un immense plaisir que j’apprends votre visite dans ma ville. Je fais partie des derniers à être au courant. Ce n’est pas un défaut de communication cette fois, je vous rassure. C’est moi qui suis juste passée à côté de l’information. En fait, faisant partie des frustrés du Référendum du 20 Mars 2016 (campagne unilatérale et abusée pour un Oui), je ne suis presque plus le JT de la RTS. Je trouve notre chaine mère plus ‘Présidentielle’ que Nationale. Rien de personnel cependant, j’ai simplement horreur de l’injustice.

J’ai appris, par le hashtag #RufisqueParleAMacky. Il faut reconnaitre que la puissance de l’Internet est extraordinaire. Faites-y un tour s’il vous plait, il y a d’excellents sujets dont vous pourriez traiter pour rendre cette Rivière plus Fraiche (Rio Fresco) et plus accueillante à l’avenir.

Je suis retournée à la RTS, j’y suis tombée pile à l’heure, l’info passait. Effectivement, vous viendrez, pour un meeting conseil des ministres décentralisé, cette fois. Je ne savais pas par contre que Rufisque faisait partie de la banlieue. M’enfin !

C’est peut-être parce qu’elle est tellement malade que même ses propres parents ne la reconnaissent plus…

Parlant de santé justement, Monsieur le Président, celle de Rufisque est à son pronostic le plus sombre. Je préfère l’euphémisme puisque mon cœur accepte difficilement cette mort imminente dont la plupart parle.

Ma ville fut l’une des meilleures au monde :

Une ville historique (Erigée en commune de plein exercice en 1880 alors que le Sénégal était une colonie française, ses habitant ayant alors la nationalité française. Lieu de débarquement des ‘Alliés’ durant la Seconde Guerre Mondiale…), une ville culturelle (disposant d’un riche patrimoine culturel), une ville politique (ayant produit un nombre incalculable d’hommes politiques de renommée internationale), une ville économique (capitale de l'arachide, La Rufisquoise était une huile réputée, principal port du Sénégal avant l'expansion de Dakar…)

Cette ville est Mère d’éminentes personnalités (El Hadj Ibrahima Sakho - chef religieux, Mbaye Ndoye - premier radiologue du Sénégal et ancien président de l'Ordre des Médecins du Sénégal, Maurice Gueye, Mariama Ndoye - femme de lettres, Mbaye Jacques Diop - ancien président du CRAES et ancien maire de Rufisque, Abdoulaye Sadji - romancier, Souleymane Faye - chanteur, El hadji Abdourahmane Diouf - ancien DG de la SONES, Dr Thianar Ndoye, Nutritioniste,) …

La liste est loin d’être exhaustive.

Mais tout cela, c’était avant !

Monsieur le Président, vous avez fait le célèbre ‘tour du Sénégal’ politicien, et avez dû – sans aucun doute – remarquer la latence de cette ville qui porte pourtant le nom d’un Comptoir Portugais et vieille de plus 500 ans (16ème siècle). Elle est en état de mort lente : elle agonise, ma ville. Elle essouffle. Elle palpite. Elle souffre d’un état de mal chronique. Elle est en phase terminale, pour la plupart. Elle ne bénéficie que d’un traitement palliatif et d’une respiration artificielle qui la maintient encore parmi ses paires.

Sa famille – surtout ses enfants dont je fais partie – refuse de la ‘débrancher’ au risque de la perdre à jamais. Gardant toujours espoir de la voir, un jour, redevenir cette élégante et charmante jeune dame pleine de vie dont la beauté ne cesse d’être chantée par les plus anciens, mélancoliques.

Sa descendance rêve de lui prouver combien elle l’aime et est fière d’elle ; elle qui leur a tout donné. Mais les médecins nous annoncent un pronostic sombre. Seule une prise en charge pluridisciplinaire adéquate et en urgence (plateau médical de qualité, routes, éclairages publics, formation professionnelle, hygiène, culture, sports, loisirs, confort, …), peut la sauver de son cancer, disent-ils.

« Tëngéej dëkk bu salte la. Neexul waaye dëgg la », voici l’hymne de la ville qui vous accueillera, Excellence, vous et votre gouvernement.

Unanimement, nous reconnaissons tous que Rufisque n’est pas simplement sale, elle est aride. Cette Grande Royale d’antan n’a plus RIEN. Au-delà de ses bâtiments préhistoriques, ses garages tous azimuts et son marché central débordant, elle n’a rien d’une ville. C’est sa fille qui vous le dit (elle ne vous l’apprend certainement pas), imaginez donc la peine qu’elle ressent de décrire ainsi sa chère et tendre mère qui lui a tout donné.

Mon cœur saigne, Monsieur le Président.

Mon cœur saigne surtout quand, parcourant ma ville ce matin, je lui découvre une facette totalement inhabituelle : La Rivière fraiche brille. Elle est complètement neuve. Habillée. Astiquée. Accessoirisée. Pouponnée. Entre rues archi-propres, canaux curés, routes dégagées de ses tabliers et ambulants, préfecture et mairie repeintes, lampadaires publiques rayonnant de toute part (même en pleine journée, pendant que l’Astre nous gratifie de sa lumière naturelle), marché réorganisé en un temps record…

Je n’ai pas reconnu ma vieille mère, oubliée jusque-là et même piétinée au point d’être la risée de tous.

Pourquoi, Monsieur le Président ? Pourquoi, en tant que Père de la Nation, acceptez-vous que l’on vous présente une ville propre et belle à craquer simplement parce que vous devez y faire un tour ? Est-ce dans la même veine de cette Teranga ambiguë et sélective ? Où est-ce juste pour embellir le décor des reportages ? Pourquoi en sommes-nous encore là, à nous voiler la face et nous leurrer, à l’heure de la rupture et de l’émergence annoncées ? Pourquoi en sommes-nous, encore en 2016, à ne nous mettre au travail et assainir que quand nous recevons des ‘invités’ ? Qui pensons-nous tromper en nous rabaissant de la sorte ?

Cette mascarade réussie témoigne de deux choses, Excellence :

- Nos autorités – je ne sais pas si je devrais encore les appeler ainsi – savent et ont les moyens de travailler, de faire ce pourquoi elles ont été élues.

- Mais, par manque de respect et de considération envers ceux qui les enrichissent, elles ne le font pas.

Est-ce à ce Sénégal-là que nous aspirons, Monsieur le Président ?

Les laisser faire, c’est accepter d’être dirigés/conseillés demain, par des tricheurs incompétents. Les laisser faire, c’est enfoncer davantage ce pays qui peine déjà à émerger.

Ma contribution – de compatriote, enfant de Rufisque, et fille du Sénégal – à ces réflexions qui porteront sur ma ville, est alors la suivante :

* Excellence, écoutez les cris des uns et des autres. Ecoutez la voix de cet élève tué par la route, tentant pourtant de retrouver son passage-piéton accaparé d’une part par ce taxi garé et d’autre part par la vieille vendeuse de mangues.

* Ecoutez la voix de ce patient souffrant de cancer, d’arthrose ou de drépanocytose, obligé de se réveiller à quatre du matin et se tenir debout dans le bus – malgré son état général altéré et par le coût des soins et par le souci de trouver l’argent – pour être reçu à Le Dantec ou Principal à onze heures. Ecoutez la voix de ces riverains souffrant d’affections respiratoires chroniques secondaires à un tas d’ordures éparpillées par le vent et des canaux à ciel ouvert très mal entretenus...

* Ecoutez cette femme enceinte et ce nourrisson menacés de mort par la présence permanente des moustiques. Ecoutez ces jeunes qui, même compétents, ne trouvent rien à faire dans leur ville. Ecoutez ces mêmes jeunes qui une fois rentrés du travail (de Dakar), n’ont aucun lieu sûr où se détendre, se rencontrer, s’amuser. Ecoutez cette vendeuse de poissons dont les économies servent à réparer la récidive d’une fracture survenue dans un marché craquelant, sale et encombrant...

* Ecoutez ces passagers qui ne se retrouvent plus dans les arrêts de bus, quand chaque devanture de maison est transformée en ‘garage doublé de mini-marché’. Ecoutez ce bachelier enthousiaste de gouter aux études supérieures, mais obligé de réduire le temps de sommeil nécessaire à sa concentration et ses performances et faire des kilomètres pour y accéder…Ecoutez la voix de cette mère désespérée et chagrinée de voir son fils dans la rue, humant son morceau de tissu trempé ou fumant de l’herbe...

*Et surtout, Monsieur le Président, n’écoutez point ces politiciens opportunistes, en perpétuelle quête de postes et de privilèges, qui chercheront à vous faire croire que tout va bien.

Rien ne va dans cette ville.

Tous les secteurs stagnent à Rufisque.Ou du moins, s’il y a bien une chose qui marche à merveille, c’est l’enrichissement d’une minorité politique au détriment d’une majorité travailleuse et méritante.

Voici la ville qui vous accueillera ce 19 Juillet, Excellence.

De ce séjour, nous n’attendons pas que vous régliez tous les problèmes, ce serait aberrant, car chacun de nous y a sa responsabilité et son rôle à jouer. Mais que posiez votre pierre à l’édifice, que vous participiez à la ‘Renaissance’ de cette Noble Héroïne de l’histoire (ciblant, par exemple, le secteur de la santé ou de la formation et l’emploi des jeunes), inscrira votre nom dans les plus belles anales de notre pays et du monde par extension.

Welcome Mister President,

Bienvenue dans ma ville,

Et que le séjour conseil soit beau productif !

Rufisque, le 16 Juin 2016

Mame Fatou Sy

mamefatousy@yahoo.com

A quand l'émergence ?

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